CONFLITS FONCIERS ET DEPLACEMENTS DES POPULATIONS : ENJEUX MAJEURS POUR LA PAIX ET LA RECONCILIATION AU BURUNDI

La terre constitue au Burundi un objet d’une importance aussi précieuse que vitale. De la possession d’une terre, petite ou grande, fertile ou improductive, dépend un sentiment de fierté sociale et de sécurité économique et existentielle. C’est la terre qui permet en effet à plus de 95 % des familles burundaises de survivre par le biais des activités agricoles et de produire.

La terre, base de la vie rurale et outil de production, entre actuellement dans de nombreuses transactions rendues tantôt obligatoires, tantôt inévitables par bien de circonstances (soins de santé, scolarisation des enfants, frais de justice) qui dépassent les moyens limités, facilement accessibles et entrant sans grand protocole dans le commerce ou les échanges.

La gestion de la terre au Burundi a également été toujours compliquée et se complique davantage avec les différents mouvements de populations qui ont eu lieu à des intervalles irréguliers et pour des raisons variées.

Aussi bien liés aux événements de triste mémoire survenus dès les années 70 qu’à ceux des années 1988, 1993 ou autres, les déplacements des populations ont toujours occasionné une perte, définitive ou temporaire, ou à tout le moins une gestion très compliquée des droits anciennement exercés sur la terre par les personnes contraintes à fuir.

Ces conflits fonciers relatifs aux déplacements extérieurs des populations ont, parallèlement aux différents événements « sanglants » connus au Burundi, suscité l’intérêt d’y faire face. C’est ainsi que les commissions chargées de la gestion des propriétés foncières des personnes réfugiées ont été créées. L’enjeu majeur à travers toutes ces commissions étant de rétablir les populations dans leurs droits fonciers perdus suite à leur déplacement.

Il convient de souligner que dans la pratique les résultats atteints par les différentes commissions sont malheureusement loin d’être satisfaisants. En témoigne par ailleurs leur évolution dans le temps.

Sans doute le rapatriement et l’installation des réfugiés et déplacés dans leurs terres connaissent beaucoup d’entraves suite aux spéculations foncières ayant poursuivi les différentes crises qu’a connues le pays.

De façon particulière, un marché foncier s’est, au cours de toute cette crise et jusqu’à présent, progressivement établi et consolidé en milieu rural. Les raisons derrière ces ventes quasi-systématiques sont nombreuses et variées. Ce qui est pour le moment très délicat à gérer est davantage lié aux conséquences (une grande population constituée des personnes sans terres) et conflits auxquels donnent déjà lieu ces ventes sans égard aux causes et conditions de ces ventes.

Pour éviter des décisions politiques précipitées qui peuvent survenir sans étude préalable à propos, il est indispensable de collecter des données en rapport avec les conflits fonciers liés au déplacement des populations, essentiellement les déplacements survenus au cours de cette crise. Les données collectées serviront de base à des initiatives de plaidoyer pour la prévention des conflits fonciers.

Cette étude représente une certaine valeur ajoutée par rapport aux études qui ont précédemment traité la problématique foncière. En effet, alors que, généralement, les différents travaux déjà réalisés à travers le pays visant les conflits fonciers ont presque toujours suivi une approche globale, cette étude recherche à mettre en exergue des situations de conflictualité foncière liées à un élément bien spécifié, les déplacements des populations.

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